Chez Jean Jansem, tout commence et tout revient au dessin.
Il est la matrice de son œuvre, son langage premier, celui par lequel il appréhende le monde et en restitue la vérité sensible. Peintre du réel, Jansem n’a jamais cessé de placer la figure humaine au cœur de son travail, fidèle à une vision exigeante de la peinture figurative, nourrie de la grande tradition mais résolument ancrée dans son temps.
Né en 1920, formé à Paris dans l’après-guerre, Jansem appartient à cette génération d’artistes qui, loin de céder aux facilités de l’abstraction triomphante, ont choisi de poursuivre une exploration profonde de l’homme, de ses failles et de sa dignité. Admirateur de Rembrandt, Goya, Degas ou Ensor, il s’inscrit dans une filiation classique qu’il ne cherche jamais à imiter, mais à prolonger par un langage personnel, immédiatement reconnaissable.
Sa peinture, souvent marquée par une gravité sourde, donne à voir des figures silencieuses, des danseuses alanguies, des nus vulnérables, des scènes de carnaval ou de procession où se mêlent sensualité, inquiétude et mélancolie. Derrière l’apparente maîtrise du trait se cache une tension constante, une forme de sauvagerie contenue, où la chair, la couleur et la ligne dialoguent sans concession. Jansem ne peint pas des sujets : il peint des états, des présences, des fragments d’humanité.
Voyageur attentif, il puise son inspiration en Grèce, en Espagne, en Italie ou au Portugal, au contact direct de la rue, des corps fatigués, des gestes ordinaires. Il remplit ses carnets de croquis pris sur le vif, observant sans relâche le monde qui l’entoure. À l’atelier, ces observations deviennent des compositions d’une grande rigueur formelle, construites sur un équilibre subtil entre intensité chromatique, densité de la matière et précision du dessin.
Au fil de plus de soixante-dix années de carrière, Jansem a développé une œuvre d’une remarquable cohérence, traversée par une profonde exigence morale et plastique. Peintre et dessinateur hors pair, il a su faire évoluer sa palette, enrichir son chromatisme, sans jamais perdre ce qui constitue l’essence de son art : la justesse du regard et la primauté du trait.
Aujourd’hui présent dans de nombreuses collections publiques et privées en France et à l’international — notamment au Japon, en Russie et en Arménie — Jean Jansem s’impose comme l’un des grands peintres figuratifs du XXᵉ siècle. Son œuvre, d’une modernité intacte, mérite d’être redécouverte pour ce qu’elle est avant tout : une peinture sans compromis, profondément humaine, où le dessin et la couleur demeurent les seuls vecteurs possibles de la vérité.
